Carburants et électricité : ce qui a changé depuis 2005

Le carburant n'a jamais coûté autant d'euros. Les taxes baissent depuis 2018 et le pétrole est moins cher qu'en 2013 : la hausse vient d'ailleurs.

Carburants2005 → 09/2026
Électricité2007 → 09/2026
ProducteursINSEE · Eurostat · DGEC · CRE
Euros constantsbase 08/2026

Le carburant n'a jamais été aussi cher

Au 25 septembre 2026, un plein de 50 litres coûte 108 € en sans-plomb et 120 € en gazole. Une recharge de 60 kWh à domicile, de quoi faire environ 330 kilomètres en électrique à 18 kWh aux 100 km, coûte 15 €.

En euros du jour, c'est un record : septembre 2026 est le mois le plus cher des vingt-deux années couvertes, sur les deux carburants. Corrigé de l'inflation, le tableau change. Sur les huit premiers mois, 2026 devient la sixième année la plus chère pour l'essence, et la deuxième pour le gazole.

Fig. 1Trait plein : ce que vous avez payé. Pointillé : la même somme en pouvoir d'achat d'aujourd'hui
Figure 1 : Trait plein : ce que vous avez payé. Pointillé : la même somme en pouvoir d'achat d'aujourd'hui

L'écart entre les deux traits est l'inflation, et il se referme à mesure qu'on approche de la date de référence, marquée par la verticale. C'est pourquoi le litre le plus cher jamais payé en euros n'est pas le plus coûteux à acheter. Le trait plein est ce que vous payez ; le pointillé permet de comparer les années entre elles.

Deux explications circulent, les taxes et le pétrole. Les taxes baissent depuis 2018. Le pétrole remonte vite depuis l'été, mais il reste au dixième rang historique. Ce qui a monté sur la durée, c'est le coût du trajet entre le baril et votre réservoir.

Sauf mention contraire, les chiffres qui suivent sont corrigés de l'inflation.

La fiscalité, en baisse depuis 2018

Sur un litre de sans-plomb, l'État prenait 67 % du prix en 2005. Il en prend 52 % aujourd'hui.

Fig. 2La part de la fiscalité dans le prix payé, pour les trois énergies
Figure 2 : La part de la fiscalité dans le prix payé, pour les trois énergies

Le gazole suit la même pente, un peu plus bas. Ce pourcentage a un défaut qu'il faut connaître : son dénominateur bouge. La part de l'État tombe mécaniquement quand le brut s'envole, sans qu'aucune décision n'ait été prise, et c'est ce qui s'est passé en 2022. L'argument solide est donc en centimes par litre, pas en pourcentage.

Fig. 3La structure du prix, en centimes par litre à pouvoir d'achat constant
Figure 3 : La structure du prix, en centimes par litre à pouvoir d'achat constant

Sur un plein de 50 litres, à pouvoir d'achat constant : 83 € en 2005 dont 55 € de taxes, 96 € aujourd'hui dont 50 €.

L'accise, l'ancienne TICPE, est un montant fixe par litre, identique que le baril soit à 40 ou à 100 dollars. Relevée pour la dernière fois en 2018, abaissée de deux centimes en 2020, elle n'a plus bougé depuis et a perdu 16 % de sa valeur réelle par le seul effet de l'inflation.

Le second mouvement est une harmonisation entre les deux carburants. L'écart d'accise entre essence et gazole valait 24,5 centimes par litre en 2005, il en vaut 6,4 aujourd'hui, et cette décroissance ne s'est jamais inversée. L'essentiel tient en quatre ans, de 2014 à 2018.

Ce rattrapage corrige un avantage fiscal accordé au gazole pendant des décennies. Il a été voté, annoncé, étalé sur quatre ans, et il est terminé depuis 2018. Sur ces quatre ans, l'accise monte sur les deux carburants, davantage sur le gazole : c'est le seul épisode de hausse fiscale de la période.

À la pompe, ce rattrapage a ramené l'avantage de prix du gazole sur l'essence d'environ 25 centimes par litre à 8, sans l'inverser. Le gazole ne passe au-dessus qu'en 2022 et en 2026, alors que l'écart d'accise n'a pas bougé.

Ce qui a monté : le trajet du baril au réservoir

Il coûtait 15 centimes par litre d'essence en 2005. Il en coûte 44, et davantage encore sur le gazole.

Fig. 4Prix hors taxes moins coût du brut : raffinage, logistique et marges réunis
Figure 4 : Prix hors taxes moins coût du brut : raffinage, logistique et marges réunis

Ce chiffre est une soustraction entre deux séries publiées, le prix hors taxes et le coût du pétrole. Il ne dépend d'aucune hypothèse de répartition. Rapporté à ce que vous payez, ce poste pesait 9 % du prix d'un litre d'essence, il en pèse 23 %.

Avant 2015, cette courbe reste plate pendant que le baril monte et chute à trois reprises. Depuis 2022, elle monte quand le baril redescend.

Le baril, sur cette période, ne porte pas la tendance. Il valait 103 € en moyenne en 2013, il en vaut 76 sur 2026. Le litre à la pompe, pendant ce temps, passe de 193 à 192 centimes : la baisse du brut ne s'est pas retrouvée à la pompe.

Pour 2026 en particulier, la marge de raffinage compte. Elle atteint 18,6 centimes par litre en août, record de la série, contre 4 centimes en moyenne. Et sur le gazole, ce que la décomposition ne rattache ni au brut ni au raffinage a gonflé de vingt centimes en un an, quand ce même poste ne bougeait pas sur l'essence.

La marge de raffinage est publiée en un seul chiffre et non par carburant. Sur le gazole, séparer ce qui revient au raffineur de ce qui revient au distributeur est donc hors de portée de ces données. Elles établissent que le trajet coûte trois fois plus qu'il y a vingt ans, elles ne disent pas qui l'encaisse.

Le prix que vous payez dépend d'abord de votre station

Entre les stations les moins chères et les plus chères, 29 centimes par litre séparent huit automobilistes sur dix. Soit 14 € par plein, le même jour, pour le même carburant.

Fig. 5Chaque boîte ajoute un poste à la précédente, jusqu'au prix affiché en station
Figure 5 : Chaque boîte ajoute un poste à la précédente, jusqu'au prix affiché en station

La figure se lit de gauche à droite comme une addition : le brut, puis le raffinage, puis l'acheminement, puis les deux taxes, et enfin le prix payé. La dernière colonne change de nature, puisqu'elle ne disperse plus des mois mais des stations, chacune avec son dernier prix déclaré.

En comptant les extrêmes, le gazole va de 1,99 € à 2,93 €. L'écart dépasse plusieurs fois ce que le prix national parcourt en un an, et c'est le seul poste sur lequel un automobiliste peut agir le jour même.

Le prix de l'électricité est stabilisé, celui du carburant ne l'est pas

Depuis 2015, le prix de l'électricité change 24 mois sur 141. Celui des carburants, 140 sur 141.

Fig. 6Ce que coûtent 100 kilomètres. La ligne verte monte par paliers, les deux autres par à-coups
Figure 6 : Ce que coûtent 100 kilomètres. La ligne verte monte par paliers, les deux autres par à-coups

Cet escalier est la figure du prix administré : des paliers plats, et une marche chaque fois que le tarif est révisé. Les deux autres courbes n'ont pas de palier.

Un rapport de un à six sur la fréquence, mais la différence de nature compte davantage. Le tarif réglementé existe en 23 barèmes successifs depuis 2012, chacun avec sa date d'entrée en vigueur et sa date de fin, publié avant de s'appliquer. Vous savez ce que vous paierez le mois prochain. Le prix du carburant n'est jamais annoncé, il bouge chaque semaine, et il n'est pas le même d'une enseigne à l'autre.

Stabilisé ne signifie ni figé ni unique : les offres de marché existent, certaines indexées, et rien n'oblige un ménage à rester au tarif réglementé. Ce tarif reste néanmoins la référence publique à laquelle les autres se comparent, et la pompe n'a aucun équivalent de ce genre.

D'un mois sur l'autre, le prix de l'électricité varie trois fois moins que celui des carburants, et son amplitude totale sur onze ans reste inférieure de moitié à celle du gazole.

L'électricité a connu sa crise : entre 2021 et 2024, la facture annuelle d'un ménage passe de 815 à 1 054 €, sous l'effet de l'arrêt d'une partie du parc nucléaire pour corrosion et de la guerre en Ukraine. Depuis 2024, elle est redescendue à 884 €, pendant que l'essence et le gazole atteignaient leur maximum.

Un avantage électrique qui s'érode

En 2026, 100 kilomètres coûtent 4,49 € en électrique contre 12,47 € en essence. Sur 15 000 kilomètres par an, environ 1 200 € d'écart.

Ce rapport de 1 à 2,8 n'a rien d'une constante : il valait 4,06 en 2008. L'avantage de l'électrique s'est donc réduit d'environ un tiers depuis 2008.

Les chiffres reposent sur des consommations conventionnelles et sur une recharge à domicile au tarif réglementé, le cas le plus favorable à l'électrique. En recharge rapide publique, l'écart se réduit fortement.

Ce qui se décide et ce qui se subit

Entre 2017 et 2025, la fourniture d'énergie augmente de 50 % et le réseau électrique de 27 %.

Le réseau, c'est le TURPE : l'acheminement du courant des centrales jusqu'au compteur. La fourniture fait l'essentiel du mouvement, avec le pic de 2022-2024 puis le reflux ; le TURPE, lui, progresse d'environ 3 % par an. Ces données ne disent pas s'il tiendra cette pente.

Elles montrent en revanche ce qui sépare un tarif de réseau d'un cours du brut. Le premier est fixé par le régulateur, annoncé plusieurs années à l'avance et contestable devant lui. Le second suit le marché mondial. Pour un ménage qui passe à l'électrique, c'est la trajectoire du TURPE qui pèse sur le coût de chaque kilomètre.

Sources

Prix des carburants : relevé hebdomadaire de la Commission européenne et publications de la direction générale de l'énergie et du climat. Ce sont des moyennes nationales hors Corse. Prix par station : data.economie.gouv.fr. Prix de l'électricité : Eurostat et Commission de régulation de l'énergie. Cours du pétrole et indice des prix à la consommation : INSEE.

Les prix en euros constants sont corrigés de l'inflation et exprimés au pouvoir d'achat d'août 2026. Seuls les barèmes d'accise cités en centimes par litre sont donnés à leur valeur nominale, celle qui figure au Journal officiel. Les coûts au kilomètre reposent sur des consommations conventionnelles, qui fixent le niveau des courbes mais pas leur évolution.

Le détail complet (chaque série, son producteur, sa définition, les trous dans les données et les conventions retenues) figure dans le dossier long, dont les graphiques ci-dessus sont extraits.